Textes | SLAUGHTERHOUSE

(Communiqué de presse de l’exposition)

Du 6 janvier au 17 janvier 2009, la galerie des Beaux-Arts présente Slaughterhouse, la première exposition personnelle de Nelson Aires, jeune artiste d'origine portugaise. Ce dernier s’intéresse aux interstices, qu’ils soient spatiaux, corporels ou temporels, et les interroge à partir d’un lieu, l’abattoir, et de son activité, l’abattage. Rétrospective ainsi que prospective, Slaughterhouse propose, au travers de différentes images, pièces sculpturales, ready-made détournés, documents témoins et objets collectionnés, une narration morcelée de différentes scènes de crimes où le corps victime est absent.
Une grande partie des pièces ici présentées relève d’une logique de récupération, au sens où l’artiste extrait certains aspects et détails du processus d’abattage, ou de manière plus générale, de l’abattoir, qu’il choisit ensuite de rendre visible. Ces saisies sont alors exposées sous une double dynamique. D’un côté, il y a les œuvres-constats, issues de la simple présentation de ces captures, comme les séries photographiques Testemunhas ou Mata Porca, qui présentent, respectivement, les outils utilisés lors d’un abattage rural au Portugal, et différentes scènes extraites de ce même processus de mise à mort animal. L’action n’est cependant jamais montrée directement, mais tout semble indiquer qu’il se passe quelque chose en dehors du cadre photographique, que le sujet des séries se situe dans un hors-champ. D’un autre côté, il y a les œuvres dont l’origine se trouve dans le geste de récupération, mais où les objets récupérés -banc d’abattage, esse, merlin, aiguillon, dents de loup, couteaux,…- sont détournés au sein de dispositifs plastiques assimilables à des fictions basées sur faits réels. Pour exemple, Esse, le crochet de boucher réalisé en argent massif sur lequel le sang est symbolisé par des incrustations de pierres rouges, ou bien encore Shape, où un néon blanc, placé sous un banc d’abattage, vient symboliser à la fois les pourtours de la flaque de sang qui résulte d’une saignée et le contour, tracé à la craie, d’un cadavre sur le lieu d’un meurtre.
Ces œuvres mettent à jour une disjonction du visible, entre ce qui est vu, et qui existe donc, et ce qui tient de la présence-absente, qui est toujours suggéré, souvent entrevu, mais jamais intégralement dévoilé. L’artiste tente d’exposer le revers des choses, même si pour cela il doit parfois utiliser des subterfuges, qui lui permettent de rendre la traversée de la surface possible. Ce faisant, il invite le public à aiguiser son regard sur le monde qui l’entoure et à différencier le vrai du faux. Son travail se partage entre présentation et représentation, données brutes et mises en scène, avec des documents photographiques qui s’apparentent à des scènes réelles venant mimer des natures mortes picturales et des installations aseptisées pouvant être appréhendées comme des structures proposant une contrefaçon de la réalité. Nelson Aires se joue donc de la frontière séparant le réel et le fictionnel, le vu et le non-vu, et tend à brouiller la limite qui les sépare habituellement, instaurant ainsi une forme de jeu avec le spectateur.
Plus récemment, l’artiste nous propose une série de pièces autoréférentielles, où l’acte de rendre lisible est inextricablement lié à la volonté de rendre visible. Citons Saignée, où le mot composant le titre de l’œuvre est calligraphié à l’aide d’un assemblage de trente cinq couteaux d’abattage, utilisés lors de la saignée animale. Ou Mata Porca, expression portugaise pouvant être utilisée pour nommer l’abattage rural des porcs, durant lequel l’artiste a recueilli le sang qu’il a ensuite fait coaguler sur la surface de lettres en bois industrielles, afin que l’œuvre s’incarne de son sens.
Les œuvres présentées oscillent donc entre ironie grinçante, poésie, noirceur et biographie. Elles évoquent des questionnements d’ordre sensibles, identitaires, sociologiques et anthropologiques, tout en restant en marge de tout mouvement de contestation ou d’approbation des conditions de mises à mort animale, et proposent, ainsi, un possible nouveau regard sur l’univers de la création de la substance carnée.

communiqué de presse de l'exposition , janvier 2009