Textes | Probatio Diabolica

La vue du sang est souvent de mauvais augure. Elle crée des sueurs froides, bouscule le cœur. Pourtant, ce liquide organique rouge est une prérogative au vivant. Il entretient la vie. L’artiste Nelson Aires nous présente du sang. Frontalement. Le malaise s’installe une fois le matériau révélé. Un geste de recul s’impose. Une prise de conscience. Le sang est un appel au corps, mais détaché de son être. Il n’est pas question pour Nelson Aires de créer des allégories de vanités, mais d’exposer un constat simple, implacable : nous sommes faits de chair, d’os et de sang. Il n’y a ni représentation, ni morale, ni subterfuge. Le spectateur est amené à se projeter dans les œuvres de Nelson Aires, miroirs et témoins d’un reste. Fatalités. L’on contemple et appréhende son vivant, sa nature - morte.

L’œuvre de Nelson Aires se distingue par l’utilisation du matériau sang comme fil rouge de ses productions. L’artiste a développé un travail de recherche, d’exploration, d’expérimentation sur cette matière brute. Le sang a un aspect vital, donc stimulant. Il est possible de travailler le sang sous différents aspects. Il peut être séché et transformé en poudre. Sous cette forme, il est conservable sur une longue durée, et donc plus facile d’utilisation. Cependant, Nelson Aires préfère l’utiliser frais. L’artiste a besoin d’être en contact direct avec le liquide, fluide, dans l’urgence avant qu’il ne coagule et se putréfie. Pour Nelson Aires, il faut manipuler, toucher, affronter cette matière picturale singulière qui prend au nez. Dans son atelier, abattoir et exutoire, Nelson Aires fait face au matériau sang. Amer. Puissant. Sous ces effluves glaçants, il peint une poésie sombre, les mains pleines de sang. Il interagit avec cette matière encore fraiche. Le passage à l’acte exprime son engagement total et sincère dans un procédé ritualisé.

Entre peinture et installation, l’œuvre Resel est une reproduction d’être(s). L’usage de la fibre du tissu, de l’hémoglobine, de l’encre et de la lumière, montre et monstre le vivant. Nelson Aires pratique l’organique, l’abattage dans le white cube. De part une technique de pliage de la toile en triangles, inspirée de principes de teinture proches du Shibori, l’artiste crée des motifs en forme de polygones. Ces formes géométriques instaurent des réseaux, des chemins de circulation du regard. Nelson Aires peint, sur ses plis, des jeux de texture qu’il ne peut pas complètement contrôler. L’agrégat de sang et d’encres déposé forme des empreintes toujours singulières. Resel est animal, protéiforme et cannibale.

Hélène Travert, mai 2019